Exercice 8
Ecrire une histoire dont le héros est un animal, que l'on fera parler à la première personne.
Les aventures de Guiboles : promenade

La nuit doit être tombée ; il est temps de se lever. Je m'étire soigneusement et j'agite mes longues pattes grêles pour activer l'hémolymphe. Je casserais bien une petite graine, moi. Aucune de mes alarmes n'a sonné durant mon roupillon. Je contrôle mes pièges quand même mais il n'y a pas trace de proie. Quelle déveine ! J'ai faim, moi ! Il n'y a vraiment pas beaucoup de Bzzz dans le coin... Allez, une petite promenade me distraira et j'en profiterai pour regarder s'il y a de meilleurs endroits où m'installer.

Je descends de chez moi en me laissant glisser le long d'un fil. Je longe le haut rocher blanc et lisse, qui glougloute et émet une odeur de chimique encore plus forte que d'habitude. Je contourne un Bousilleur, une de ces branches d'arbre morte avec un fouillis de paille au bout. Derrière, suspendue la tête en bas, habite Gambettes, une grosse femelle avec une patte en moins. J'attrape un de ses fils et je l'agite pour attirer son attention. Elle me lance un salut jovial :
- Salut Guiboles ! Ca gigote ?
- Salut, collègue ! Ca va pas mal mais j'ai les chélicères. Tu n'aurais pas un petit quelque chose à sucer ?
- Ne m'en parle pas... Cette semaine, je n'ai pris qu'un petit Zonzon même pas juteux.
- Je crois bien que je vais déménager.
- Tu dérailles ! C'est très dangereux ailleurs !
Elle en agite son abdomen de désapprobation. Je m'obstine :
- Peut-être bien mais j'ai trop faim. Allez salut, passe le bonjour à Trampoline.
Trampoline est un petit collègue qui adore sauter. Et il a de très beaux yeux. Sur ce, je m'en vais.

Je cavale un moment puis, je m'aplatis un peu pour passer sous la Séparation et à moi les grands espaces ! D'immenses objets se dressent à gauche et à droite; en face, le paysage se déroule à l'infini. Accrochée très haut, j'aperçois la lumière aveuglante d'un Faux soleil. Où aller ? Le sol a mauvaise réputation, je vais prendre le mur. Je suis tranquillement en train de galoper quand un déplacement d'air me fait sursauter. Une sorte de grondement résonne dans l'atmosphère :
- HIIIIIII !! HUNNNN SHALLBETTTT, KRAZZZLACHERRRY !!!

Un animal géant se tient devant moi, si colossal que je ne peux le voir en entier. Ce doit être un Deux-pieds. Oups, je crois que je suis repérée ! Je fonce en zigzaguant, tous mes sens en alerte. J'esquive de justesse l'écrasement d'un truc énorme sur le mur. Une cachette ! Super ! Je me glisse entre le mur et un gros objet. Il fait noir là derrière et le Deux-pieds semble avoir perdu ma trace. Coup de bol. Ces animaux sont vraiment incompréhensibles. L’un d’entre eux n’arrête pas de bousiller ma toile ! Il ne semble pas comprendre que je la referai à chaque fois. Celui-là avait plutôt l’air effrayé. Pas logique non plus, si on y pense. Il est bien plus gros que moi et il me mange quand il veut !

Je descends le long du mur et je passe sous le gros objet. Les amas de poussière ralentissent ma progression. Je déniche un truc pas très frais et je le grignote mais j'ai encore faim. Je continue ma visite quand soudain, je me tétanise. En face de moi se tient Touffe, un collègue pas commode du tout, avec des pattes épaisses et velues. Le mois dernier, il a dévoré Patounes, une copine à moi. On n’a retrouvé qu’un méta-tarse. Il fixe quatre de ses yeux sur moi et déclare :
- Salut à toi, petit être fragile.
- Euh... bonjour, m’sieur...
- Puis-je savoir ce que tu fais sur mon territoire ? Des tendances suicidaires, peut-être ?
- Euh... ben c'est à dire... que je me promenais. Mais je m'en vais ! En fait, je suis déjà partie. Pardon de vous avoir dérangé, m’sieur.
Et sans demander mon reste, je m'enfuis en vitesse. Touffe démarre derrière moi mais il est bien plus lourd. Mes grandes pattes moulinent à toute berzingue. Nous sortons à l’air libre. Le Deux-pieds est toujours là, et il tient un Bousilleur. Il nous voit et abat son engin. Le tout pour le tout, je passe en dessous. C'était moins une ! Juste derrière moi, j’entends un craquement dégoûtant : Touffe vient de se faire écrabouiller. Heureusement qu’il est lent à la détente, le collègue. Un peu plus et je lui servais de petit déjeuner. Dure journée, décidément. Je me planque sous un autre gros objet et j’y reste jusqu’à ce que le Deux-pieds m’oublie.

J’en ai assez vu pour l’intérieur, essayons l’extérieur. Lors de ma dernière expédition, j'ai repéré un mur bizarre. On pouvait voir à travers, comme s’il n’y avait rien, mais on ne pouvait pas passer. Aujourd'hui, mes pattes captent des odeurs de terre et de feuilles. Ce doit être ouvert. Je gambade jusque là-bas et j'escalade le rebord. C'est drôlement grand par ici... et il n'y a pas de cachettes... Avançons un peu pour voir. Plaf ! Un paquet d'eau me tombe dessus, m'écrasant à moitié. Toute étourdie, je décolle mes pattes du sol et je titube. Ploch ! Un autre paquet d'eau s'aplatit juste à côté. Puis encore un. Houla, elle avait raison, Gambettes, c'est risqué dehors! Surtout quand il pleut. Assez d’aventure pour aujourd’hui, je rentre à la maison. Je repasse le rebord, je cours sur le sol et je passe sous la Séparation familière. Pfffiou !! Mes pattes tremblent encore de frousse.

Je longe la falaise blanche et je remonte chez moi. Quel soulagement. Ce qu'on est bien dans sa toile ! Finies les expéditions. Je crois que je vais rester là tranquillement à attendre les Bzzz. Enfin, un bon moment... A moins que je n'aille explorer plus loin demain...

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